» Il y a un siècle tous les grands sommets des Alpes étaient gravis. Tous sauf un : la Meije.
Cette citadelle de glace et de granit devait opposer plus encore que le Cervin, une résistance acharnée aux efforts de assaillants… »

Henri Issellin

Meije provient de meidjo qui en provençal signifie « midi » et désigne le sud.
Les habitants de La Grave avaient ainsi l’habitude de désigner cette montagne, située au sud de leur village, « l’oeille de la meidjour » (l’aiguille du midi). La dénomination de « la Meije » provient donc de ce que le soleil passe au-dessus de la montagne lorsqu’il est midi.

Dans l’histoire de l’alpinisme, La Meije occupe une place particulière : ce fut le dernier sommet majeur des Alpes à être gravi après de nombreuses tentatives menées entre 1870 et 1877, et cette première ascension fut réalisée par un français alors que la plupart des autres grandes premières dans les Alpes furent réalisées par des alpinistes britanniques : Whymper, Coolidge etc.

Pour ces raisons et aussi grâce à l’esthétique de sa silhouette remarquable (qualifiée de « parfaitement dissymétrique » par le compositeur Olivier Messiaen), la Meije occupe une place de choix dans l’imaginaire des alpinistes. D’ailleurs, on l’appelle parfois « La Reine Meije » ou « Sa Meijesté».

La Meije est composée de trois principaux sommets : le point culminant, le Grand pic de la Meije à 3 983 mètres (2ème sommet majeur des Écrins après la Barre des Écrins qui culmine à 4 102 mètres), le Doigt de Dieu ou Pic Central de la Meije (3 973 mètres) surplombant le versant Sud et la Meije orientale (3 891 mètres), gros épaulement neigeux.

La première…

La 1ère ascension du Grand Pic fut effectuée le 16 août 1877 par Emmanuel Boileau de Castelnau avec Pierre Gaspard ; elle suit l’arête du promontoire en face sud, c’est-à-dire la voie « normale ». Ils descendirent par la voie de montée, abandonnant des cordes sur certains passages (la technique du rappel ne fut inventée que plus tard).

« Cette conquête a été un grand exploit, la montagne avait fait l’objet de nombreuses tentatives (25 environ)…
Emmanuel De Castelnau (dix-neuf ans) et un habitant de la vallée dans la force de l’âge (quarante-trois ans), Pierre Gaspard, guide depuis seulement deux ans, sûrent trouver le point faible au cours d’une reconnaissance, le 4 août 1877. Ils franchirent le passage clé en chaussettes. Que ceux qui suivent aujourd’hui leurs traces les imaginent grimpant en chaussures à clous, à une époque où l’escalade rocheuse en était à ses débuts. Ils bivouaquèrent à la descente, sans équipement de protection. Pendant de longues années la Meije fut surnommée : « la grande difficile »… »
Extrait du « Guide du Haut-Dauphiné » de François Labande, aux éditions l’Envol.

La 1ère ascension sans guide, en 1879, est au crédit de Frederick Gardiner en compagnie de Charles Pilkington et Lawrence Pilkington.

La 1ère traversée des arêtes de la Meije a été faite dans le sens est-ouest (du Doigt de Dieu au Grand Pic) le 27 juillet 1885 par Ludwig Purtscheller, Otto et Emil Zsigmondy. Il descendirent en rappel et en plantant des pitons de la première dent à la brêche au pied du Grand pic (aujourd’hui appelées dent et brêche Zsigmondy). Ils redescendirent par l’arête du Promontoire, en empruntant la dalle des Autrichiens, qui est la seule modification de l’itinéraire aujourd’hui utilisé par rapport à celui de Gaspard et Castelnau.

En 1891, J.H. Gibson, Ulrich Almer et F. Boss firent la 1ère  traversée des arêtes (dans le sens ouest-est), qui est devenu l’itinéraire classique, et considéré comme l’un des plus beaux des Alpes. Elle fait partie des 100 plus belles courses dans le massif des Écrins.

Alpinisme

La Meije est un objectif de choix pour les alpinistes et on y dénombre de multiples itinéraires dans des styles très variés.

L’ascension se fait généralement par l’arête Sud du Promontoire et est généralement enchaînée avec la traversée des arêtes jusqu’au doigt de Dieu. Suite à l’effondrement le 15 mai 1964 de la brèche Zsigmondy, qui s’est alors abaissée de 20 m, l’itinéraire est devenu plus difficile, et le contournement de la première dent (dent Zsigmondy) a été équipé en 1971 de câbles métalliques pour faciliter et sécuriser le passage.

La face Sud de la Meije est également le lieu de nombreuses voies rocheuses pour les amateurs d’escalade.

Les refuges

2 refuges permettent d’accéder aux différents sommets de la Meije :

  • le refuge du Promontoire (3 092 mètres), situé à la base de l’arête du Promontoire, point de départ pour le Grand pic, pour la traversée des arêtes de la Meije et pour toutes les voies de la face sud.
  • le refuge de l’Aigle (3 450 mètres) construit sur le haut du glacier du Tabuchet, permettant d’accéder à la face nord et aux itinéraires moins difficiles du Doigt de Dieu et de la Meije Orientale.