Haut lieu du Tour de France, l’Alpe d’Huez et ses 21 virages constituent l’étape incontournable du passage de la Grande Boucle. 21 panneaux rythment l’effort du coureur dans un compte à rebours de 14 km sur 1120 m de dénivelée. L’Alpe d’Huez, au coeur de l’Oisans, c’est vraiment la Mecque du vélo et c’est surtout la course à réaliser au moins une fois dans sa vie !

Histoire d’une route

Jusqu’en 1881, la montée de l’Alpe d’Huez n’est praticable que pour les hommes et les mulets. De 2 à 3 mètres de large seulement, avec des pentes excessives et de brusques changements de direction, ce trajet était tout sauf agréable et touristique !

Petit à petit, portion par portion, ce sentier muletier est aménagé de Bourg d’Oisans à La Garde, puis un peu au-delà, pour arriver en 1905 à la sortie nord du village d’Huez. Celui-ci commence à attirer des voyageurs, principalement l’été : le chemin de grande communication nouvellement construit permet un accès facilité lors des beaux jours. Le Huizat Joseph Collomb assure un petit service de transport des personnes et des biens entre la vallée et le village d’Huez. 2h30 suffisent alors pour faire le trajet en voiture à cheval…

Les débuts du tourisme

La voiture se démocratise, le tourisme se développe doucement… Et les efforts se poursuivent pour rallonger la route depuis le village jusqu’à l’Alpe d’Huez, le lieu d’alpage des Huizats. Grâce à l’appui de M. Léon Perrier, Président du Conseil Général, la liaison est effective en 1926, grâce à une route de 4 mètres de large. C’est une vraie révolution économique pour Huez : le transport du foin depuis l’alpage ainsi que celui du charbon extrait de la mine de l’Herpie, située à 2 300 m d’altitude, sont grandement facilités, et le plateau de l’Alpe d’Huez s’ouvre réellement au tourisme.
En effet dès 1911, l’Alpe d’Huez était remarqué pour le potentiel qu’offre son environnement pour la pratique des sports d’hiver. Il faudra cependant attendre la fin des années 20 et les années 30 pour que se développe à l’année un service de transports en car, de plus en plus de personnes sont attirées par la neige et les grands sommets.

1935 est une année charnière pour la montée de l’Alpe d’Huez, puisque grâce aux interventions de Joseph Paganon, alors ministre des Travaux Publics, la route va être élargie de 4 à 7 mètres et un déneigement régulier sera assuré afin d’accéder sans encombre aux joies des sports d’hiver. Pour faire au plus vite, la montée est découpée en 14 lots, un par kilomètre, qui sont confiés à autant d’entreprises différentes pour réaliser les travaux. Grâce à cette astuce, la route est terminée en un an, un temps record ! 2 machines sont achetées pour assurer le déneigement : un tracteur Lahl, suffisant pour l’enneigement peu excessif du bas de la montée et un tracteur Caterpillar américain, assez puissant pour venir à bout des impressionnantes chutes de neige des hauteurs.

Tous ces aménagements profitent à la station de l’Alpe d’Huez qui multiplie les remontées mécaniques, les hôtels, les équipements sportifs… pour mieux accueillir une population touristique de plus en plus nombreuse.

Les JO et la naissance des 21 virages…

En 1964, le Président du Club des Sports de l’Alpe d’Huez, Georges Rajon gravit les 53 virages numérotés du col de Vršič, en Slovénie. Aussitôt il décide d’exporter le concept en Oisans, pour « égrener les courbes menant à l’Alpe » et « indiquer aux touristes l’approche de la station ». C’est à l’occasion des Jeux Olympiques d’hiver de Grenoble de 1968, un autre événement stratégique dans l’aménagement de la montée de l’Alpe d’Huez, que sont créés 21 panneaux numérotés. Ils sont calqués sur le modèle de ceux des monuments historiques de l’époque, et implantés à chaque virage de la montée. Virage des Grangettes, de la Coute, du Pertu, des Eymarans… Peu à peu, les anciens noms d’usages des virages sont remplacés par ces 21 numéros dans la mémoire collective, au point de constituer aujourd’hui un des marqueurs de l’identité de la station.

Pour les Jeux Olympiques de Grenoble la station accueille l’épreuve de bobsleigh et pour anticiper la circulation à venir sur la montée, la route est une fois de plus élargie, passant de 7 à 9 mètres ! Un nouveau tronçon de 3 km est également créé à flanc de montagne, depuis la patte d’oie au nord d’Huez village jusqu’à l’est de l’Alpe d’Huez. L’avantage ? Cela permet une double desserte de la station et offre la possibilité d’une circulation giratoire. Près de 14 millions de francs ont été nécessaires pour réaliser l’ensemble de ces travaux. Un véritable investissement, à la hauteur de l’événement.

Comment parler de la montée de l’Alpe sans parler vélo ?

La montée de l’Alpe d’Huez est également inséparable du vélo de route : près de 300 cyclistes en moyenne, professionnels ou amateurs, gravissent chaque jour les 21 virages. Plus de 7500 cyclotouristes participent chaque année à l’épreuve de la Marmotte (début juillet) et 2000 reçoivent un diplôme officialisant leur temps de montée.

La montée de l’Alpe d’Huez en quelques chiffres

  • Nombre de virages : 21
  • Départ de Bourg d’Oisans : 717 m
  • Arrivée Alpe d’Huez : 1860 m
  • Dénivelée : 1121 m
  • Distance : 13,8 km
  • Pente moyenne : 7,9 %
  • Pente maximum : 14 %
  • Record de la montée : 37’35’’, vitesse moyenne de 23,08km/h (Marco Pantani en 1997)

Le Tour de France

La course cycliste indissociable de la route de l’Alpe d’Huez est le Tour de France. Tous les 2 ans environ, cette course mythique s’invite pour gravir la fameuse montée. Et pourtant, qui aurait pu prévoir en 1952 ce futur succès, quand le maire de l’époque répond aux commerçants et hôteliers que s’ils veulent que le Tour de France vienne chez eux, ils devront y mettre de leur poche, la mairie ne pouvant pas payer…

C’est donc grâce à la mobilisation des forces vives de la station, orchestrée par M. Joseph Barbaglia, Georges Rajon et André Quintin que le Tour de France prend ses quartiers à l’Alpe d’Huez pour l’arrivée de la 10ème étape, après 266 kilomètres d’efforts au départ de Lausanne. Le peloton reste à peu près groupé jusqu’à Bourg d’Oisans, c’est donc bien la montée de l’Alpe d’Huez qui sera décisive pour départager le vainqueur. Au  terme d’un duel contre le français Jean Robic, le premier vainqueur de la montée n’est autre que l’italien Fausto Coppi. Il arrivera à 45’22’’ tandis que Jean Robic, second, arrivera… 1’20’’ plus tard. En 1999, le Tour de France vient pour la 21ème fois à l’Alpe d’Huez. Pour fêter cette occasion, aux numéros des 21 virages s’ajoutent les noms des 21 vainqueurs de cette étape déjà incontournable.